

Jean-Claude Jolet
sculpture | installation
du 8 février au 8 mars 2008
Jean-Claude Jolet
vue d’exposition
sculpture | vidéo | installation
Jean-Claude Jolet
vue d’exposition
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Jean-Claude Jolet
vue d’exposition
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Jean-Claude Jolet
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Jean-Claude Jolet
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Jean-Claude Jolet
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Jean-Claude Jolet
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Jean-Claude Jolet
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Jean-Claude Jolet
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Jean-Claude Jolet
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Plasticien métaphorique
Jean-Claude Jolet travaille le métal. Il le manie, le sculpte, le chauffe, le déforme et le forme ; le manipule et le fait parler. Il vit et travaille à La Réunion, dans son atelier de la Rivière Saint-Louis.
L’artiste a eu l’occasion de présenter son travail dans de nombreuses expositions collectives et solo ainsi que lors de performances dans lesquelles il associe les quatre éléments premiers : eau, terre, air, feu.
Son travail aujourd’hui évolue vers une volonté de traduction tangible de l’indicible qui émane de notre société créole si singulière.
Dans l’exposition présentée au Port, Magasin D2, il s’interroge sur la notion de protection. Sur notre île à l’histoire géologique et humaine forgée par des forces « extra-ordinaires », par des déplacements majeurs bien souvent terrifiants, s’est construite au fil des siècles et des générations la nécessité de se mettre à l’abri tout à la fois des éléments naturels et de l’expression violente
d’une société qui se construit. Force est de constater que l’homme a su se défendre en se bardant de protections de tous ordres qu’elles soient physiques, psychiques, cultuelles et spirituelles.
L’artiste nous en montre les lignes, les déplacements, à travers ses installations tout à la fois imagées et symboliques.
Béatrice Binoche, juin 2009
Le génie de la montagne
Une légende des temps oubliés signale l’existence mystérieuse d’un génie de la montagne. Cette légende dont les évocations actuelles sont cependant orales et peu fiables semble établir qu’un être surnaturel habite dans les flancs de la falaise dominant l’océan. Certains le décrivent comme un être gigantesque essentiellement minéral, composé des roches même de la falaise, d’autres comme un éther qui occuperait les failles, les interstices, les grottes et les cavernes de la paroi rocheuse.
Les bribes de souvenir ne disent pas si ce génie est, dans la légende, bénéfique ou maléfique, on en déduit qu’il est indifférent et que cette indifférence a été à l’origine de l’oubli des hommes. Les génies n’intéressent les hommes que dans la mesure où ceux-ci s’intéressent à eux.
Consultés sur la possibilité éventuelle d’un génie de la montagne, les mythologues pensent que le lieu est particulièrement favorable. Il est ouvert sur l’océan, exposé aux forces des vagues, nourri d’embruns, vivifié par les vents cycloniques, irrigué par de multiples canaux d’eaux souterraines et fréquenté par les plus beaux oiseaux du monde. Pour les mythologues, partagés cependant sur la réalité concrète des génies, le lieu, assurément, aurait à leurs yeux ses cinq étoiles.
Le génie, s’il existe bel et bien, a t-il pu sortir de son indifférence ? Cette question est soulevée par la récurrence des événements violents qui ont marqué la route du littoral. Des personnes qui sont en relation quotidienne avec la montagne rapportent qu’une musique sourde, une sorte de chant lithique permanent passe par des phases de calme, de tension, puis de fureur, qui s’apaisent après chaque accident.
Il y en a même qui évoquent comme un rire, une sorte de vibration écholalique.
Certains disent qu’il n’est pas anormal que le génie sorte de son indifférence. Qui aimerait être scarifié, éventré, mutilé, et surtout continuellement agacé par un brouhaha incessant de mécaniques puantes ?
D’autres perçoivent une tension inévitable entre le génie civil et le génie de la montagne, entre les petites victoires technologiques de l’un et l’infinitude intemporelle de l’autre.
Pour le lilliput commun, la menace de la montagne est suspendue tout le long d’un parcours souvent biquotidien. La montagne frappe comme au hasard, sans qu’aucune martingale scientiste ne puisse prévoir le lieu, l’heure, les circonstances, les signes avant-coureurs. Mais le hasard est-il le hasard quand il frappe avec une précision maligne un cadre du génie civil, ou encore, à l’inverse, de trop parfaits innocents ? Le génie de la montagne choisit-il son heure et ses cibles ?
Le lilliput commun ne regarde pas la montagne… Les yeux dans les roues de celui qui le précède, il essaye de ne penser à rien, à rien de cette montagne dont peut jaillir à tout moment un caillou, une pierre, un éboulement.
Et puis le génie civil a empaqueté la falaise dans un filet d’acier… « Mais que peut un filet d’acier contre la fureur du génie de la montagne ? » pense en son for intérieur le lilliput commun qui s’efforce en roulant de ne pas regarder le filet d’acier, comme avant il ne regardait pas la montagne, car qui veut attirer le mauvais sort ?
Bien sûr le filet protège… tant que la force inexorable de la pierre vers la mer, la force des vagues à l’assaut de la falaise conservent une forme d’indifférence à la présence des hommes, au travers de petits cailloux et de petites vagues… Le filet rassure, il y a une composante objective, rationnelle, expliquée par le génie civil, la stochastique des pierres tombantes est contenue en arrière de la maille d’acier.
Car, sinon, qui peut dire la protection du filet d’acier confronté à l’effondrement de pans entiers ? « Il faudrait au filet une puissance talismanique puissante contre la fureur du génie de la montagne » pense
en son for intérieur le lilliput commun, qui petit à petit, au fil des jours, se met quand même à croire dans le suaire grisâtre qui désormais recouvre presque totalement la paroi rocheuse. Une hiérophanie mystérieuse et protectrice s’accroche ainsi aux mailles du filet d’acier comme dans un
temps suspendu entre deux fureurs. Les voitures passent, passent…
Jean-Claude Jolet, sculpteur héphaïstotèle, a sans doute été sensible à cette suspension entre deux violences de temporalités inconciliables : la tentative d’enfermement de la malfaisance de la montagne dans une cotte d’acier monumentale et l’indifférence destructrice d’une falaise inexorablement friable. Au-delà de ces efforts pathétiques qui évoquent l’acharnement absurde de la mère dans Barrage contre le Pacifique, l’artiste perçoit-il les effluves d’une mystagogie inconsciente et collective qui confère aux lieux un caractère sacré, dans son double sens d’auguste et de maudit ? Entre le génie de la montagne et le génie civil, le génie du sculpteur s’agrippe à la maille et ses transparences grises. Il met en scène les tensions immatérielles qui retournent inexorablement les filets contre ceux qu’ils protègent. La maille se charge de craintes et d’espérances, de fleurs et de sang, de superstitions et de certitudes, de violence et d’apathie. Le génie de Jolet enroule les torsades d’acier dans un vortex d’absurde.
Qu’en pense le génie de la montagne ? S’il en pense quoique ce soit. Le temps de son indifférence est-il à ce point hors de notre temps ? On dit qu’une petite musique, comme un fredonnement, une susurre, circule à l’aube derrière les mailles…
Attila Cheyssial, 21 février 2009