

Jean-Claude Jolet
sculpture | installation
du 8 février au 8 mars 2008
Jean-Claude Jolet
vue d’exposition
sculpture | installation
Jean-Claude Jolet
vue d’exposition
sculpture | installation
Jean-Claude Jolet
vue d’exposition
8 février | 8 mars 2008
Jean-Claude Jolet
vue d’exposition
sculpture | installation
Jean-Claude Jolet
vue d’exposition
sculpture | installation
Jean-Claude Jolet
vue d’exposition
sculpture | installation
Jean-Claude Jolet
vue d’exposition
sculpture | installation
Jean-Claude Jolet
vue d’exposition
sculpture | installation
Jean-Claude Jolet
vue d’exposition
sculpture | installation
Jean-Claude Jolet
vue d’exposition
sculpture | installation
Jean-Claude Jolet
vue d’exposition
sculpture | installation
Jean-Claude Jolet
vue d’exposition
sculpture | installation
Sensations
Si, comme G. Deleuze, nous affirmons qu’ « En art (.…) il ne s’agit pas de reproduire ou d’ inventer des formes, mais de capter des forces (…)* », celles qui dirigent la création de Jean-Claude Jolet seraient de l’ordre du sensitif, du sensoriel, de l’émotionnel.
Synapsis - titre de l’exposition et d’une pièce éponyme - nous propose d’évidence cette interprétation.
L’artiste conçoit son travail comme une recherche (une conclusion possible à nos interrogations) sur son expérience de vie, ses propres traumas. Il crée dans une urgence de vivre avec puissance et joie quand celle-ci est expérience créative, émancipation. Libérant ces forces primaires, psychiques comme émotionnelles, Jean-Claude Jolet nous propose une métamorphose physique et sensible du matériau « cerveau-esprit » en un matériau « métal » -tangible- qui nous renvoie à d’autres forces, telluriques celles-ci.
L’eau, le feu, la terre et l’air alimentent le souffle et la main qui sculptent et modèlent le métal en fusion en de puissantes masses en mouvement.
Il nous faut laisser les sensations confondre l’interprétation et - en silence - attendre que les oeuvres nous interpellent.
Béatrice Binoche, février 2008
* Gilles Deleuze, in Logique de la sensation, La Différence, Paris, 1981
Les corps se souviennent
Par la contraction de synapse et de synopsis, le synapsis de Jean-Claude Jolet nous introduit sans nul doute dans l’univers cérébral du créateur, du sculpteur.
Comme l’envisageait Platon, le cerveau apparaît à l’artiste tel un univers microcosmique constamment actif, où tout se forme, se façonne, se construit, se crée. Posée à même le sol, une sphère brisée -deux lobes cérébraux peut-être ; ou bien un casque protecteur- affirme la force de sa simple présence, massive et brillante mais aussi énigmatique dans cette sorte de gangue en fonte d’aluminium, précieux écrin.
Le cerveau est le lieu d’un formidable ballet de neurones s’alliant ou se repoussant sans cesse, unissant l’esprit de l’homme au monde qui l’environne. Telle une bouillie cérébrale, Synapsis est un gigantesque brouillard de fils d’aluminium qui serpentent, s’enflent et grouillent, aérien et léger suspendu au-dessus d’une pièce plus dense plus compacte
et stratifiée.
Ici, le magma argenté emprunte à l’obus sa forme cylindro-ogivale et se pare de dreadlocks1 étirés vers l’arrière pour souligner la puissance d’un mouvement de projection. La fulgurance de son déplacement se mesure à la trace de l’impact provoqué sur la surface plane qui lui est opposée. Cette tête chercheuse, en quelque sorte, convoque la spiritualité de la mystique rastafari, elle ne connaît aucun obstacle, son déplacement est direct, sans hésitation, offensif et décisif.
Dans ce même antre sommital, secret et mystérieux, s’entassent, s’effacent et se tissent des souvenirs, donnant à la mémoire cette fascinante et subtile complexité qui façonne l’être dans son intimité, ses connaissances, le guide
dans ses gestes, dans sa relation aux autres, au monde. La mémoire est le fil d’Ariane qui relie l’homme au temps, faisant du passé, le terreau du présent pour les métamorphoser en projections à venir.
Les strates de Jean-Claude Jolet magnifient dans cette matière argentée d’abord liquide puis solidifiée, les effets du temps qui s’accumulent et s’imbriquent. La mémoire règne et marque. Elle fabrique des traces qui se mêlent aux suivantes par vagues successives. Elle ondule légèrement mais s’attache à former des masses compactes, solides et indélébiles. Elle est ce qui construit l’être. Les tableaux photographiques de Jean-Claude Jolet sont là encore des sculptures du souvenir. Tel un démiurge, l’artiste s’allie le feu, l’eau et la lumière dans la conception de strates, modelant des volumes en transformant des vides creusés dans la terre emplie d’eau, laissant à la lumière le patient ouvrage d’impression de la pellicule photographique,
dans une construction aléatoire, où l’état liquide domine parfois et où à d’autres moments l’effet métallique prévaut selon toujours le même procédé qui apporte à l’oeuvre une légèreté, une poésie végétale et filigranée. La lumière révèle ainsi l’empreinte dans la matière comme un souvenir nous renvoie à la réalité d’un temps disparu.
Dans cet univers métallique centré sur le monde de la pensée, le corps semble apparaître en creux, en négatif lui aussi. Il est présent par transparence, suggéré. Triebal room est une oeuvre troublante qui invite à y pénétrer. Cette cage de verre ponctuée de strates en fonte d’aluminium sur lesquelles s’enfoncent une multitude de fourchettes
agressives, place le visiteur dans la position de l’être attaqué de l’extérieur. Le sentiment d’oppression pénètre son corps. Trieb est un mot allemand qui signifie pulsion. Pulsion du corps. Pulsion qui traverse le corps, émotion qui va
sans doute générer une pensée, orienter ou modifier la raison ? Nous le savons aujourd’hui, les frontières entre esprit et matière sont désormais gommées et le savoir scientifique le confirme à présent.
L’artiste rejoint ainsi cette conception de l’homme récemment élaborée qui bouleverse la raison ordinaire : c’est par le corps que la pensée émerge.
Le corps qui garde les traces, les blessures, l’empreinte des émotions, le sentiment de vie, le souvenir.
Une des sculptures de Jean-Claude Jolet relie l’ensemble de toutes les autres par sa construction sphérique et lourde tel un crâne ou une coquille, un foyer en fonte d’aluminium qui enserre une longue bande de peau animale spiralée se déroulant vers l’extérieur dans un mouvement cyclique. Un corps de chair intimement lié, attaché à la pensée s’étire au loin dans un mouvement de vie en permanente évolution.
Janvier 2008
Caroline de Fondaumière
directrice de l’Artothèque
1| Coiffure rasta
2| Antonio Damasio, L’erreur de Descartes, éd. Odile Jacob, 1995. Pour ce neuropsychologue de l’université de l’Iowa aux Etats-Unis, il n’y a pas
de « raison pure », « le dualisme de Descartes n’existe pas ». Il affirme : « nous pensons avec notre corps, nos émotions ».